Comment c’était à l’époque
Entretiens avec deux personnes qui portent depuis toujours Horizons dans leur cœur: la première rédactrice en chef du magazine qui a collaboré à sa réorientation vers le journalisme scientifique, et un lecteur fidèle depuis toujours.
«C’était une véritable révolution»

Véronique Preti, c’est un beau souvenir pour vous, Horizons?
Bien sûr! Et quand j’y repense, je me dis que l’histoire d’Horizons, c’est aussi l’histoire de la communication du FNS – et, plus largement, de la science – à une époque où cela n’était pas facile.
Pourquoi?
Parce qu’à l’époque, la vulgarisation scientifique était perçue comme une perte de sérieux scientifique, et donc une perte de temps pris sur la recherche. La communication se faisait entre pairs: dans les articles, les conférences. Mais, Horizons étant le journal de leur principal «sponsor», les scientifiques ont fini par nous ouvrir les portes de leurs laboratoires.
En 1995, le FNS a engagé des journalistes pour la rédaction.
Avant, il n’y avait qu’un collaborateur et une secrétaire dans le service, surtout chargés de répondre aux journalistes. Le FNS a voulu professionnaliser le service de presse.
Est-ce ainsi qu’Horizons est devenu un magazine journalistique?
Horizons existait déjà, mais était confié à une agence à Genève, le Cedos. J’ai un peu collaboré avec elle. Mais c’était frustrant pour moi et les deux autres journalistes engagés, parmi lesquels Christoph Dieffenbacher qui écrit toujours pour Horizons, de ne pas avoir vraiment cet outil en main. Alors on a tenté notre chance. Et nos supérieurs nous ont soutenus. Le directeur du FNS de l’époque, Hans-Peter Hertig, craignait un peu que nous échouions. Mais il ne nous a jamais dit que c’était une folie.
A quel point le lancement concret s’est-il avéré difficile?
Nous avons beaucoup appris. Quand on est journaliste, on sait écrire des articles, mais on ne sait pas comment fabriquer un journal. Nous avons trouvé un graphiste à Zurich qui nous a énormément aidés, notamment pour créer des rubriques, organiser les pages, penser le contenu. Et il a fallu créer une rédaction bilingue avec des journalistes freelance et des photographes, traduire, imprimer et diffuser le magazine.
Comment trouviez-vous les sujets?
Nous avons obtenu de pouvoir participer aux séances des divisions scientifiques du Conseil de la recherche du FNS, au cours desquelles ils évaluaient les projets soumis. C’était une véritable révolution. Avant, nous n’y avions pas accès. Ce n’était pas toujours facile parce que les scientifiques nous regardaient parfois un peu curieusement.
Et comment avez-vous trouvé des abonnés?
Avant 1997, nous n’avions pas de site web du FNS. Alors nous allions chaque année au Salon du livre de Genève. Un projet scientifique y était présenté de manière simple et si possible ludique, par exemple avec un quiz sur des objets archéologiques. L’équipe de chercheurs du projet et nos collègues du Secrétariat du FNS aidaient à animer le stand. Comme on a ri! L’équipe, les scientifiques, les gens… Ça a contribué à augmenter les abonnements à Horizons.
Qu’est-ce qui vous frappe particulièrement dans Horizons aujourd’hui?
La présentation des sujets semble beaucoup plus tournée vers la société. Nos articles traitaient davantage de la recherche fondamentale, et c’était difficile à expliquer au public. Je vois aussi qu’aujourd’hui les scientifiques sont devenus les objets des articles, dans les portraits et les reportages. A l’époque, ils s’effaçaient derrière la recherche.
«Un fitness mental»

Kurt Reimann, quand avez-vous eu le magazine Horizons entre les mains pour la première fois?
Je passais toujours en revue tout le courrier au rectorat de l’ETH Zurich. C’est ainsi que je suis tombé sur Horizons. J’ai trouvé le magazine intéressant et j’ai commencé à le lire.
Il m’a été d’une grande aide dans mon activité professionnelle pour rester à jour dans tous les domaines du savoir. Je me suis abonné au magazine après avoir pris ma retraite afin de pouvoir continuer à le lire.
A cause du nouveau design, vous avez adressé des critiques à la rédactionen 1998.
Je trouvais qu’Horizons avait un je-ne-sais-quoi de spécial à l’époque et que la refonte l’avait rendu banal. Avec le recul, ce changement ne me dérangerait plus autant. Une publication imprimée doit naturellement se renouveler de temps à autre.
La publication papier d’Horizons est-elle importante pour vous?
Oui. Pour moi, lire des magazines sur l’Internet a quelque chose de peu amène. On fait défiler, on s’attarde peut-être ici et là, mais on décroche tout de même plus vite. Avec un produit imprimé, c’est différent.
Le niveau de contenu vous convient-il?
Le niveau s’avère un peu ambitieux, mais c’est aussi très bien. Surtout pour quelqu’un qui prend de l’âge et veut rester alerte intellectuellement. Au fond, ce magazine sert d’une certaine manière de programme de fitness mental.
Que propose Horizons que vous ne retrouvez nulle part ailleurs?
Un large panorama. Je lis aussi des magazines de hautes écoles ou d’instituts. Ils sont également très intéressants, mais se rapportent à l’institution en question et sont plutôt axés relations publiques. Horizons, en revanche, conserve une certaine sobriété que j’apprécie.
Par quoi remplaceriez-vous Horizons s’il venait à disparaître?
Il serait tout bonnement irremplaçable. Je souffrirais d’un manque de connaissances. Je pourrais peut-être le compenser en m’abonnant à des revues scientifiques d’universités romandes. Mais, tôt ou tard, cela finirait par faire trop, non? Horizons propose aussi une sélection qui m’est précieuse.