Éditorial: Un enthousiasme critique
Il est «tout à fait possible d’être à la fois autocritique et passionné» au sujet des expéditions scientifiques, écrit Florian Fisch, codirecteur de la rédaction d’Horizons.

Le même principe vaut pour les missions potentielles sur Mars: il est possible de les questionner de façon critique tout en étant enthousiaste quant aux possibilités techniques. Sur la photo, deux chercheurs s'entraînent à l'isolement relatif dans un désert du sud de l'Utah. | Photo: Vera Hartmann
La conquête de la Lune, le voyage d’Alexander von Humboldt aux Amériques et même l’échec de la traversée de l’Antarctique par Shackleton fascinent toujours. La proposition de ma collègue de prendre les expéditions scientifiques comme thème principal d’Horizons a donc immédiatement suscité l’enthousiasme. Des individus s’aventurant dans des contrées inconnues pour faire progresser la connaissance: voilà qui correspond à l’essence même de la recherche. En même temps, ces entreprises invitent à de merveilleux voyages intérieurs.
Mais la dure réalité a vite rattrapé la rédaction. Nous étions dépassés: sur quoi fallait-il se focaliser parmi tous ces sujets passionnants? Et surtout: quelle place accorder aux effets négatifs du colonialisme? J’ai proposé de concentrer cet aspect au sein d’un seul article afin de ne pas gâcher ces récits inspirants par une autocritique excessive. Des collègues ont toutefois insisté sur le fait que le journalisme devait toujours rester critique et qu’il fallait prendre en compte les aspects négatifs des expéditions partout.
Vous tenez le résultat de nos discussions entre les mains. Mes doutes se sont envolés. On peut très bien être à la fois auto-critique et passionné, montre Sarah-Lan Mathez-Stiefel, une ethnologue qui étudie les impacts des régimes fonciers au Pérou en collaboration avec des populations indigènes: «On reste toujours une étrangère. Néanmoins, une telle rencontre peut être une bonne expérience pour les deux parties.»
Même en examinant les zones d’ombre, des lueurs apparaissent. Comme, au XIXe siècle, la défiance des frères Schlagintweit face aux conventions de l’époque dans les récits de leur voyage dans l’Himalaya: ils rendent justice au travail de leurs aides, ce qui leur vaut les railleries de la presse. Et on découvre l’entomologiste Maria Merian, dont le parcours apparaît aujourd’hui bien ambivalent. Elle s’aventure vers 1700 dans la jungle du Suriname, à la fois avec une audace et une émancipation remarquables, mais en s’adjoignant au passage des esclaves comme si de rien n’était.
Maintenant, à vous de juger! Découvrez notre approche et dites-nous si nous avons trouvé le bon équilibre.