L’opinion de la relève
«Les plus vulnérables – les plus touchés»
Joanna Haupt, coprésidente d’Actionuni, est inquiète: les coupes budgétaires mettent en péril l’avenir de la recherche et la santé du corps intermédiaire.

Joanna Haupt est coprésidente d’Actionuni, l’organisation faîtière du corps intermédiaire académique en Suisse. | Illustration: Klub Galopp
Il y a quatre ans, 8600 scientifiques des universités suisses signaient une pétition appelant à un plan d’action national pour créer plus de postes stables pour le corps intermédiaire. La plupart des chercheurs et chercheuses du corps intermédiaire travaillent sur des contrats à durée déterminée, souvent à de faibles pourcentages. Sans aucune garantie pour leur avenir, ils et elles travaillent jusqu’à l’épuisement et sacrifient leur vie privée et leur santé dans l’espoir d’obtenir l’un des rares postes stables. Cette situation n’affecte pas seulement les personnes concernées, mais aussi la qualité de la recherche et les institutions elles-mêmes, qui perdent des scientifiques et des enseignantes et enseignants compétents et expérimentés à chaque expiration de contrat.
La pétition a porté ses fruits: en 2022, le Parlement reconnaissait la situation précaire du corps intermédiaire et demandait un rapport officiel. Swissuniversities allouait 20 millions de francs à cette question et le FNS cherchait à améliorer les conditions de travail par divers moyens. L’organisation faîtière du corps intermédiaire, Actionuni, était invitée à participer aux discussions. Sans enjoliver la situation, nous avions le sentiment d’être enfin entendus.
Mais fin 2024, nous apprenions que les coupes budgétaires décidées par le Conseil fédéral risquaient de toucher de plein fouet les hautes écoles. En se basant sur le seul fait que les dépenses y ont augmenté ces dernières années, le rapport Gaillard conseillait au gouvernement de supprimer des programmes en faveur de la recherche et de l’égalité, d’augmenter les frais d’immatriculation et de réduire de plusieurs centaines de millions le budget du FNS.
Comme toujours lorsque le service public est menacé, les plus vulnérables sont en première ligne. Si les coupes budgétaires sont acceptées, le corps intermédiaire perdra la plupart des améliorations obtenues depuis 2021 et bien plus encore. A l’heure actuelle, 1500 postes de recherche sont menacés et les étudiantes et étudiants les plus pauvres feront difficilement face à des frais d’inscription plus élevés.
Le 1e octobre, nous nous sommes mobilisés dans les universités et à Berne. La contestation continue l’an prochain. Nous résisterons tant que nécessaire. Il faut stopper ces coupes avant qu’il ne soit trop tard – pour la qualité de la recherche et pour la santé et la dignité de nos collègues. Mais pour cela, nous avons besoin de la solidarité à travers tout le système académique, de l’ensemble de la communauté étudiante au corps professoral. Nous sommes tous et toutes concernés. Faites passer le message !