Ce qui caractérise les souvenirs douloureux
Les images, sensations ou émotions pénibles qui surviennent après l’accouchement peuvent lourdement éprouver les mères. Une étude explore ces souvenirs envahissants.

Pendant l'accouchement, les femmes peuvent être confrontées à des situations traumatisantes. | Photo: iStock
«Les souvenirs intrusifs après un accouchement traumatique sont variés et souvent multisensoriels», constate Déborah Fort, psychologue en fin de doctorat à l’Université de Lausanne, qui s’est attelée à caractériser ces symptômes du stress post-traumatique, peu documenté dans ce cadre. Son étude s’est penchée sur 299 souvenirs intrusifs – images, sensations ou émotions pénibles qui reviennent de manière involontaire – consignés sur quatorze jours par 44 femmes ayant vécu un accouchement traumatique.
Elle a permis d’identifier six catégories de contenu, à savoir les souvenirs et flash-back liés au processus physiologique de l’enfantement, comme les douleurs ou contractions, aux procédures médicales, à la peur, la colère ou autres émotions négatives, à la perception des complications, aux interactions stressantes et enfin à l’environnement physique, comme le bloc opératoire ou la salle de réveil. «Ces catégories pourraient servir de repères en consultation pour identifier plus rapidement les mères en détresse et leur offrir un soutien adapté», complète Déborah Fort.
Pour Antje Horsch, professeure associée à l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins de l’Université de Lausanne et affiliée au Département femme-mère-enfant du CHUV, il s’agit d’«un enjeu de santé publique: selon les estimations internationales, un tiers des femmes – tous pays, cultures, systèmes de santé confondus – estiment avoir vécu un accouchement traumatique».
Remettre ce «vécu subjectif au centre» – un accouchement peut être objectivement sans complication obstétricale, mais perçu comme traumatique – est d’autant plus important que 12% des femmes ayant enfanté développent des symptômes de stress post-traumatique qui sont comparables à ceux observés chez des personnes ayant vécu d’autres traumas, comme une situation d’agression ou de guerre, selon Antje Horsch. «La détresse est exacerbée par l’impression que les souvenirs se déroulent ici et maintenant», conclut Déborah Fort. Diane Zinsel