Photo: màd

Ouidit Mirjam Heldner.

Photo: màd

Nondit Marcel Salathé.

La science évolue plus vite que jamais. De nouveaux outils permettent de produire des données à un rythme encore inimaginable il y a quelques années. La rapidité est devenue une vertu en soi. Cette évolution soulève une question fondamentale: plus vite pour quoi?

Les connaissances scientifiques ne sont pas qu’un produit: il s’agit d’un processus qui requiert une validation rigoureuse, un débat critique et du temps pour la réflexion. Ces aspects sont sous pression lorsque le rythme s’accélère trop. Le peer review est précipité et la reproductibilité négligée. Les scientifiques sont incités à publier avec célérité plutôt qu’avec rigueur. Il en résulte un déluge d’informations et une incertitude croissante quant à ce qui est fiable et ce qui pourrait être prématuré, trompeur, voire faux.

«Si la production de connaissances va plus vite que le débat public, des décisions peuvent être prises sans une réflexion suffisante.»

Vouloir ralentir la science ne signifie pas s’opposer à l’innovation ou au progrès technologique, mais reconnaître qu’une recherche de qualité a besoin de temps. Pour réfléchir, explorer des idées, questionner, échanger et corriger les erreurs, ainsi que pour intégrer avec plus de soin les considérations éthiques, sociales et environnementales, souvent négligées lorsque la rapidité prime.

La société a aussi besoin de temps pour assimiler les découvertes scientifiques, pour en débattre et pour y réagir. Si la production de connaissances va plus vite que le débat public, des décisions peuvent être prises sans une réflexion suffisante et renforcer les déséquilibres existants ou ignorer des points de vue importants. La science risque de s’éloigner de la société et de voir s’effriter la confiance dont elle jouit. Il y a aussi une dimension humaine. Le rythme effréné du monde universitaire augmente le stress et favorise une vision à court terme et des parcours professionnels incertains. Une approche plus réfléchie favorise une science durable, des conditions de travail saines et en fin de compte des contributions scientifiques plus pertinentes. Vouloir ralentir la recherche n’implique donc pas de faire moins, mais de faire mieux. Il s’agit de rééquilibrer rapidité et qualité, productivité et responsabilité, innovation et réflexion, afin que la science serve de manière durable autant le savoir que la société.

Mirjam Heldner est neurologue à l’Hôpital de l’Ile de Berne et a participé au groupe de travail «Discours critique sur l’excellence» de l’initiative Better Science.

Qui veut freiner la science doit accepter des questions inconfortables: que faudrait-il précisément ne pas découvrir? De quelle thérapie n’aurons-nous pas besoin demain? Quels problèmes auront à affronter nos petits-enfants? Exiger un ralentissement peut paraître raisonnable, mais devient vite absurde dès qu’on devient plus concret.

Ce sont principalement trois groupes qui ont cherché à freiner la science dans l’histoire: les fondamentalistes religieux, les régimes autoritaires et les groupes d’intérêt économiques. Bien entendu, le débat actuel obéit à une autre logique. Mais le principe de base est bien connu: des gens prétendent pouvoir décider quelles découvertes sont encore prématurées. Ces personnes semblent savoir ce pour quoi l’humanité n’est pas encore mûre.

«Qui veut garantir la qualité, doit agir sur l’évaluation, pas sur la vitesse.»

On répond souvent qu’il ne s’agit pas de freiner la recherche, seulement de lui fixer des limites afin d’éviter certains résultats dangereux. Cette préoccupation est légitime, mais elle vise à tort la science plutôt que son utilisation. Elle confond la connaissance et son application, la recherche et le produit. C’est délicat, car freiner la science entrave la compréhension de ses risques et rend ainsi le monde plus dangereux.

Les appels à un ralentissement visent aujourd’hui souvent l’intelligence artificielle. On estime que les progrès sont trop rapides. On perdrait par exemple le contrôle de la qualité des articles scientifiques. C’est un problème bien réel qui n’est toutefois pas lié à la science, mais à un système de publication conçu pour une autre époque. Qui veut en garantir la qualité doit agir sur l’évaluation, pas sur la vitesse.

Certes, toute découverte n’est pas forcément une bénédiction. Les risques d’abus existent. Mais l’ignorance n’a jamais été la meilleure réponse face aux risques. Nous menons des recherches par curiosité, par fascination, par désir de comprendre le monde. Et aussi parce que, en fin de compte, ces nouvelles connaissances améliorent la vie des êtres humains. Par exemple avec des traitements médicaux plus sûrs, une énergie plus propre, des diagnostics plus précis. Cela nécessite un accompagnement, des règles, des responsabilités, mais pas de frein.

Marcel Salathé est codirecteur de l’AI Center à l’EPFL et dirige le Laboratoire d’épidémiologie numérique.

Photo: màd

Ouidit Mirjam Heldner.

La science évolue plus vite que jamais. De nouveaux outils permettent de produire des données à un rythme encore inimaginable il y a quelques années. La rapidité est devenue une vertu en soi. Cette évolution soulève une question fondamentale: plus vite pour quoi?

Les connaissances scientifiques ne sont pas qu’un produit: il s’agit d’un processus qui requiert une validation rigoureuse, un débat critique et du temps pour la réflexion. Ces aspects sont sous pression lorsque le rythme s’accélère trop. Le peer review est précipité et la reproductibilité négligée. Les scientifiques sont incités à publier avec célérité plutôt qu’avec rigueur. Il en résulte un déluge d’informations et une incertitude croissante quant à ce qui est fiable et ce qui pourrait être prématuré, trompeur, voire faux.

«Si la production de connaissances progresse plus vite que le débat public, les décisions peuvent être prises sans une réflexion suffisante.»

Vouloir ralentir la science ne signifie pas s’opposer à l’innovation ou au progrès technologique, mais reconnaître qu’une recherche de qualité a besoin de temps. Pour réfléchir, explorer des idées, questionner, échanger et corriger les erreurs, ainsi que pour intégrer avec plus de soin les considérations éthiques, sociales et environnementales, souvent négligées lorsque la rapidité prime.

La société a aussi besoin de temps pour assimiler les découvertes scientifiques, pour en débattre et pour y réagir. Si la production de connaissances progresse plus vite que le débat public, des décisions peuvent être prises sans une réflexion suffisante et renforcer les déséquilibres existants ou ignorer des points de vue importants. La science risque de s’éloigner de la société et de voir s’effriter la confiance dont elle jouit. Il y a aussi une dimension humaine. Le rythme effréné du monde universitaire augmente le stress et favorise une vision à court terme et des parcours professionnels incertains. Une approche plus réfléchie favorise une science durable, des conditions de travail saines et en fin de compte des contributions scientifiques plus pertinentes. Vouloir ralentir la recherche n’implique donc pas de faire moins, mais de faire mieux. Il s’agit de rééquilibrer rapidité et qualité, productivité et responsabilité, innovation et réflexion, afin que la science serve de manière durable autant le savoir que la société.

Mirjam Heldner est neurologue à l’Hôpital de l’Ile de Berne et a participé au groupe de travail «Discours critique sur l’excellence» de l’initiative Better Science.

 


Photo: màd

Nondit Marcel Salathé.

Qui veut freiner la science doit accepter des questions inconfortables: que faudrait-il précisément ne pas découvrir? De quelle thérapie n’aurons-nous pas besoin demain? Quels problèmes auront à affronter nos petits-enfants? Exiger un ralentissement peut paraître raisonnable, mais devient vite absurde dès qu’on devient plus concret.

Ce sont principalement trois groupes qui ont cherché à freiner la science dans l’histoire: les fondamentalistes religieux, les régimes autoritaires et les groupes d’intérêt économiques. Bien entendu, le débat actuel obéit à une autre logique. Mais le principe de base est bien connu: des gens prétendent pouvoir décider quelles découvertes sont encore prématurées. Ces personnes semblent savoir ce pour quoi l’humanité n’est pas encore mûre.

«Pour garantir la qualité, il faut agir sur l’évaluation, pas sur la vitesse.»

On répond souvent qu’il ne s’agit pas de freiner la recherche, seulement de lui fixer des limites afin d’éviter certains résultats dangereux. Cette préoccupation est légitime, mais elle vise à tort la science plutôt que son utilisation. Elle confond la connaissance et son application, la recherche et le produit. C’est délicat, car freiner la science entrave la compréhension de ses risques et rend ainsi le monde plus dangereux.

Les appels à un ralentissement visent aujourd’hui souvent l’intelligence artificielle. On estime que les progrès sont trop rapides. On perdrait par exemple le contrôle de la qualité des articles scientifiques. C’est un problème bien réel qui n’est toutefois pas lié à la science, mais à un système de publication conçu pour une autre époque. Qui veut en garantir la qualité doit agir sur l’évaluation, pas sur la vitesse.

Certes, toute découverte n’est pas forcément une bénédiction. Les risques d’abus existent. Mais l’ignorance n’a jamais été la meilleure réponse face aux risques. Nous menons des recherches par curiosité, par fascination, par désir de comprendre le monde. Et aussi parce que, en fin de compte, ces nouvelles connaissances améliorent la vie des êtres humains. Par exemple avec des traitements médicaux plus sûrs, une énergie plus propre, des diagnostics plus précis. Cela nécessite un accompagnement, des règles, des responsabilités, mais pas de frein.

Marcel Salathé est codirecteur de l’AI Center à l’EPFL et dirige le Laboratoire d’épidémiologie numérique.